Tunis - Paris : la rupture ?
Ils étaient nombreux ces hommes politiques français qui se disaient « amis de la Tunisie », ceux qui ne tarissaient pas d’éloge sur le modèle tunisien. Après tout, «le premier des droits de l'homme, de manger» disait Jacques Chirac, alors président de la République, à propos des tunisiens. A vrai dire, ces « amis de la Tunisie », étaient surtout les amis du régime tunisien, pas tellement ceux du peuple. C’était une amitié opportuniste et malsaine, qui les a empêchés de voir venir le soulèvement pour la dignité qui a chassé leur ami Ben Ali et ses compères du pouvoir.
Loin des senteurs de jasmin, les Tunisiens sont sortis par milliers défiant les balles afin de faire tomber le tyran Ben Ali. Alors que le sang coulait, le gouvernement français s’activait à fermer les yeux sur cette révolte. Michèle Alliot-Marie, alors ministre des affaires étrangères, n’a rien trouvé de mieux à proposer que « le savoir-faire français » pour étouffer le soulèvement. Frédéric Mitterrand, le plus illustre des « amis de la Tunisie », quant à lui, n’a pas vu de dictateur à Tunis.
On aurait pu croire qu’après ces couacs diplomatiques, le quai d’Orsay ferait un peu plus attention avec le dossier tunisien. Hélas, les sorties médiatiques de son nouvel ambassadeur, Boris Boillon, n’a pas arrangé les choses. Plus récemment et après les premières élections libres, Alain Juppé avant même de féliciter la Tunisie pour le grand pas qu’elle vient d’accomplir vers la démocratie, se pose en donneur de leçons et parle de « lignes rouges » à ne pas dépasser sous peine de réprimande économique. Où étaient ces lignes rouges du temps de Ben Ali Monsieur le Ministre ? Les hommes politiques français sont-ils, encore, en position pour donner des leçons aux Tunisiens ? Autant de dérapages, ne font pas honneur au pays des droits de l’homme. Aujourd’hui en Tunisie, il devient difficile d’être un « ami de la France ». Le terme «élite francophone » est devenu une injure. Les nouveaux dirigeants du pays multiplient les déclarations hostiles à la francophonie.
Les responsables politiques français doivent comprendre que les tunisiens ont fait une révolution pour la dignité. Il est révolu le temps du paternalisme postcolonial et des arrangements entre amis. Les tunisiens veulent une tolérance zéro avec l’irrespect. Ils veulent que ce renouveau citoyen en Tunisie soit accompagné de considération pour les Tunisiens, où qu’ils soient.
Les Français doivent se rendre compte que Sidi Bousaid n’est pas la Tunisie, que la Tunisie c’est aussi et surtout Sidi Bouzid, Jendouba, Tataouine et tous ces territoires sinistrés. Les Tunisiens, devront voir aussi que la France n’est pas la longue file d’attente pour l’obtention des visas avec son lot d’humiliations, mais c’est surtout le pays des Lumières. En somme, il faut réapprendre à se connaitre.
Texte revu et corrigé par Maher Tekaya http://twitter.com/#!/mahertekaya
Publié par le journal Libération le 25 et 26 novembre 2011 http://www.liberation.fr/forum-lyon-2011-nouvelles-frontieres/01012373599-paris-tunis-la-rupture